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Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 18:34

 

   Né au château de Berga, près d’Urgel, en Catalogne, ce troubadour, vicomte de Berguedà, nous est connu par ce qu’en dit son biographe dans la « Vida » et ses propres textes qui révèlent une existence tumultueuse entre conflits de voisinage, inimitiés avec les autorités épiscopales, les alliances éphémères avec Alphonse II, roi d’Aragon, et des pactes et complots avec Richard Cœur-de-Lion contre Raymond VI, comte de Toulouse.

    Meurtrier du vicomte Raimond Folc de Cardona, il fut probablement assassiné par un soldat qui était au service de ses ennemis.

    Ami de deux autres troubadours, Aimeric de Peguilhan et Bertrand de Born qui, repenti de sa vie guerrière, prie Guilhem de quitter le champ et le goût effréné des guerres et de leurs redoutables conséquences

    Il nous reste une trentaine d’œuvres dont une quinzaine sont des « sirventès » où percent la violence et la cruauté obscène des événements auxquels il fut mêlé. Il a écrit « un planh » à l’occasion du décès du marquis de Mataplana et une « tençon » partagée avec Aimeric de Peguilhan.

   Guilhem-de-Bergueda.JPG

ŒUVRE :

Dans cette chanson, il dénonce, non sans humour et métaphores savoureuses,  la perfidie, la fourberie, la lâcheté et la traîtrise du marquis de Mataplana dont la virilité s’exprime dans des mœurs immorales.

 

 Cançoneta lèu e plana                     Une chansonnette leste et simple

Leugereta sens ufana,                       Toute légère et sans prétention,

Farai ieu de mon Marqués,              Je ferai sur mon Marquis

Del trachor de Mataplana                Sur ce traître de Mataplana

Qu’es d’engan farcits et plens.         Qui de fourberies est farci et rempli.

 

A ! Marqués, Marqués, Marqués,     Ah ! Marquis, Marquis, Marquis

D’engans ètz farcits et plens.              De fourberies vous êtes farci et rempli.

 

Marqués, ben ajan la pèiras               Marquis, bienheureuses soient les pierres

De Melgur de près Smèiras                 De Mauguio, près de Sommières

Ont perdètz de las dents tres ;            Où vous avez perdu trois de vos dents

No-i ten dan que las primèiras            Il n’ya pas là dommage, car les premières

I son e no-i paron gens.                        Y sont, mais on ne les voit guère.

 

A ! Marqués, Marqués, Marqués      Ah ! Marquis, Marquis, Marquis

D’engans ètz farcits e plens.               De fourberies vous êtes farci et rempli.

 

Del braç no-os prètz una figa             Votre membre je ne l’estime pas une figue

Que cabrelha par de biga                   Il ressemble au rayon grêle d’une roue de char

E portatz lo mal estés;                        Et vous ne le portez pas bien  raide;

Ops i auriatz ortiga                             Vous auriez besoin des orties

Que-l nèrvi vos estendés.                    Pour que le nerf vous durcît.

 

A ! Marqués, Marqués, Marqués      Ah ! Marquis, Marquis, Marquis

D’engans ètz farcits et plens.               De fourberies vous êtes farci et rempli.

 

Marqués, qui a vos se fia                     Marquis, à qui vous se fie

Ni a amor ni paria,                               N’y trouve ni amour ni bonne amitié

Gardar se deu tota ves                         Il doit se garder en permanence

Com quez an : an de clar dia              Avec vous, toujours en plein jour

De noit ab vos non an ges.                   Mais de nuit jamais avec vous.

 

A! Marqués, Marqués, Marqués        Ah ! Marquis, marquis, Marquis

D’engans ètz farcits e plens.                De fourberies vous êtes farci et rempli.

 

Marqués, ben es fols qui-s vana          Marquis, bien fou est qui se flatte

Qu’ab vos tenga meliana                     De faire avec vous la sieste de midi

Mens de brailhas de cortvés,               Sans braies en cuir de Cordoue

Et anc filhs de crestiana                      Car jamais fils de chrétienne

Pejor costuma non mes.                       N’eut d’aussi mauvaises mœurs.

 

A ! Marqués, Marqués, Marqués       Ah ! Marquis, Marquis, Marquis

D’engans ètz farcits e plens.                De fourberies vous êtes farci et rempli.IMGP5186

IMGP5193

Par gege l'occitan - Communauté : Pays cathare et occitanie
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Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 10:29

    Fils des seigneurs du château de Ripoll (Catalogne), ce chevalier fit des études et acquit une solide culture et grande maîtrise de l’art poétique. Sa vie se fond dans les activités comtales et les fêtes pour lesquelles il composa de nombreuses chansons  dont un cycle de quatre pièces pour la marquise d’Urgel qu’il nomme «ont tot mi platz - celle chez qui tout me plaît ».

     Il participa au siège de Conca en 1177 aux côtés du roi-troubadour Alphonse II d’Aragon. Il vint auprès de Raymond VI dans le comté de Toulouse et dédia une de ses chansons à une des filles du comte, Azalaïs de Burlats.

     On ignore le lieu et les circonstances de sa disparition.

      Il nous reste neuf  pièces. Et un « sirventès » où il s’attaque violemment à l’Eglise, aux bras séculiers de l’inquisition et aux hommes de loi et nomme Pons de Thézan qui fut excommunié pour cause d’hérésie comme le fut d’ailleurs Raymond VI.

Ponc-de-la-Guardia.JPG

 

ŒUVRE :

D’un sirventés a far ai grand talent

E farai lo si Dieus me benesia,

Car tot lo mond vei tornar en nient

Que neguns om l’uns en l’autre no-s fia ;

Ans si-m sirvètz vos farai ab falsia

Tro que-os aja fach lo vostre perdent

Et aissi a grand desconoissement

Per que-ns dona Dieus grand mal cascun dia

E de tot ben frachura e carestia.

 

« J’ai grand désir de faire un sirventès

Et je le ferai. Que Dieu me bénisse,

Car je vois tout le monde aller vers le néant

Et nul homme à un autre se fier ;

Au contraire, si vous me servez, je vous traiterai avec fausseté

Jusqu’à ce que je vous aie fait perdre votre bien ;

Et c’est ainsi une grande folie,

A cause de quoi chaque jour Dieu nous donne grands maux

Et disette et privation de tous biens.

 

 

De la glèisa vos dic primeirament

Que-i cor engans e far non o deuria,

Car cobeitats la laça e la pren

Que per denièrs perdonan que que sia,

E presican la gents le nèit e-l dia

Que non ajan enveja ni talent

De nula ren mas ges els non en sen

E devedan renou e raubaria

Et els fan lo e d’els pren om la via.

 

Au sujet de l’Eglise je vous dirai d’abord

Que tromperie y a cours, ce qui ne devrait pas être ;

Car la cupidité la ligote l’emprisonne,

Et pour des deniers on absout n’importe quoi ;

On y prêche aux gens la nuit et le jour

Qu’ils ne soient envieux ni désireux

De rien, mais eux n’ont guère cette pensée ;

Ils interdisent l’usure et le vol

Mais ils les pratiquent et on suit leur chemin.

 

A legistas vei far grand falhiment

E corr’entr’els grands bautucs e bausia,

Car tot bon drech fan tornar a nient

E fan tener de tort la dreita via,

Ett  anaissi damnan l’arm ‘e la via

Per que n’iràn trastots a perdiment

Ins en infèrn e sfriràn torment

E grèu dolor e peior malautia

En escurdat ab fèra companhia.

 

Aux hommes de loi je vois faire de grandes fautes

Et parmi eux ont cours des disputes et des tromperies,

Car tout bon droit ils réduisent à néant

Et rendent tortueux le droit chemin ;

Et par là ils damnent leur âme et leur vie

Si bien qu’ils iront tous en perdition

Au fond de l’enfer, et ils souffriront tourments,

Grandes douleurs et pires maladies,

Dans les ténèbres en cruelle compagnie.

 

En tots mestièrs vei far galiament

Sol que i cor nula mercadaria,

Car messorguièr son comprant e vendent

E sens mentir neguns om no-os vendria ;

E getan Dieu e la Verge Maria

En messorgas per cobeitat d’argent ;

Ailas ! Caitiu que non son conoissent

Que als denièrs donan tal senhoria

Que perdón Dieu que-ls ten tots en bailía!

 

Dans tous les métiers je vois faire des tromperies

Dès qu’il est question de commerce,

Car les menteurs achètent et vendent

Et sans mensonge nul ne vendrait.

Ils jettent Dieu et la Vierge Marie

Dans leurs mensonges par cupidité de richesse ;

Hélas ! Malheureux qui ne savent pas

Qu’en donnant aux deniers un tel pouvoir,

Ils perdent Dieu, qui les tient tous en sa puissance.

 

 

Ar vei lo mond mal e desconoissent

E senes fe e de tot avol guía,

Car om paubres non trova al manent

Nul’amistat si gasanh no-i vesia ;

E doncs aicel que-ns formats e-ns cria

E sofri mort oltra son mandament ;

Fa-m cascun jorn e fa-m dieu de l’argent

E per denièrs lo metem en oblia

Et a la fin neguns no-n porta mia.

 

                                     Maintenant je vois le monde mauvais et ignorant

Et sans foi et ouvert à toute méchanceté ;

Car le pauvre ne trouve auprès du riche

Nulle affection sil n’y trouve aucun profit ;

Et donc Celui qui nous a faits et créés

Et qui mourut pour nous, outre sa volonté

Nous passons chaque jour et faisons notre dieu de l’argent

Et pour des deniers nous L’oublions ;

Et portant à la fin, nul n’emportera rien avec lui.

 

Anc mais non aic coratge ni talent

De repentir mas ara si podia

Car cascun jorn propcham del feniment

Per que cascuns confessar se deuria

Car grand signe en vi antan un dia

Que ploc tèrra e sang veraiament

E que valgués a son par qui podia

Et enaissi cascuns s’amendaria.

 

Jamais jusqu’ici je n’avais eu le courage ni l’envie

De me repentir, mais maintenant si je le pouvais !

Chaque jour nous approchons de la fin :

Aussi chacun devrait-t-il se confesser ;

Car j’ai vu un jour de l’an dernier un grand signe :

Une pluie de terre et de sang, véritablement

Pour cela, nous devrions avoir de bonnes pensées

Et à notre prochain rendre service,

Et ainsi chacun s’amenderait.

 

A mon Azaut vai corrent e ten via

Mon sirventés car es flors de jovent

E sobre tots issauça son prètz gent

E sa valor e sa gaia paria

Et agradants es en tot luèc ont sia.

 

Vers mon Azaut, vas en courant et prends la route,

Mon « sirventès », car elle est fleur de jeunesse

Et au-dessus de tous elle élève son noble mérite

Et sa valeur et sa joyeuse compagnie ;

Et elle est agréable en quelque lieu qu’elle soit.

 

Ponç de Tezàn, Dieu prèc que-os benesia

Car a tots ètz de bèl aculhiment

E cascun jorn creissètz vostr’onrament

Per qu’ieu me soi mes en vostra bailia

Car bon’a fin qui ab bon arbre-s lia.

 

Pons de Thézan, je prie Dieu qu’Il vous bénisse

Car à tous vous faites bel accueil

Et chaque jour vous augmentez votre mérite ;

C’est pourquoi je me suis mis en votre pouvoir

Car il fait bonne fin qui à bon arbre s’attache.

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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 10:50

   Originaire de la Tour Blanche, château près de Ribérac en Dordogne, il était jongleur puis troubadour. Il parcourt les seigneuries languedociennes puis passe en Italie où il demeurera jusqu’à sa mort. Il devient le protégé de deux grandes familles lombardes, les Estes et les Malespina. Il visite les cours des comtes de Briandrate puis celle des Romano.

    Il écrit entre 1215 et 1235

    Sa « Vida » est un tissu de légendes

    Il nous reste quatorze pièces dont huit « cançons », un « descort », deux « sirventès » et deux « partiments » ou poème dialogué.

 Guilhem-de-la-Tor.JPG

ŒUVRE :

Voici le récit de l’aventure que connut le poète avec son hôtesse.

 

Una, doas, tres e quatre                     Une, deux, trois et quatre

Cinc e seis e sèt e uèch,                       Cinq et six et sept et huit fois

M’aven l’autrièr a combatre             Il m’arriva l’autre jour de me battre

Ab m’osta tot’una nuech;                  Avec mon hôtesse, toute une nuit;

Si-m trobès fol ni mal duèch,             Et je me serai trouvé fou ou épuisé

Fe que dei a Dieu, bèl fratre,             Par ma foi en Dieu, mon frère !

Ben fora tots mos pans cuèch            Et tout mon pain eût été cuit

Si-m volgués esbatre.                         Si j’avais voulu m’ébattre encore.

 

 

E non vos cuidètz bèl osta                  Et ne croyez pas, belle hôtesse

Quez ieu mais ongan çai torn,            Que j’y retourne désormais

Quand per la vostra somosta             Puisqu’à votre invitation

Non puosc mièlhs estar un jorn ;       Je ne puis rester un jour de plus;

Qu’ans m’anetz l’autrièr entorn       Car l’autre jour vous m’avez tourné autour

Tan que me calfètz la costa ;              Au point que vous m’avez chauffé les côtes ;

Anc non cugèi veser jorn,                   Et je ne pensais pas revoir le jour

Tan me fo mal en posta.                     Tant j’étais en mauvaise posture.

 

N’osta, vos non ètz ges lota,                Hôtesse, vous n’êtes guère paresseuse

Ben o conosc, al montar;                     Je l’ai bien vu en vous montant;

Si no-m tengués a la cota                    Si je ne m’étais pas retenu à votre cotte

Ja non pogra sus estar;                       Je n’aurai pas pu rester sur vous;

Tant aut me fasiatz levar                    Tellement vous me faisiez sauter

Com s’ieu fos una pelota.                   Comme si j’avais été une balle!

Tots temps fai mal cavalcar               Il est toujours malaisé de chevaucher

En bèstia qu’aissi trota.                      Une bête qui trotte ainsi.IMGP2977

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Vendredi 10 mai 2013 5 10 /05 /Mai /2013 18:39

    Originaire de Romans (Drôme), il fut d’abord jongleur et de cour comtale en château de seigneurs, il acquit l’art des troubadours qui fit sa brillante renommée et devint le protégé de Frédéric II, empereur romain germanique.

     Sa « Vida » insiste sur son aisance dans les conversations galantes et la grande estime que lui manifestaient son entourage et ses protecteurs.

    Il réside dans plusieurs cours en Italie et assiste à Rome au couronnement du roi Frédéric II.       Il séjourne en Provence et compose avec le troubadour Blacatz une « tenso » avant de retourner en Italie.

    Il nous reste quatorze œuvres dont trois « cansons », quatre « sirventès », une « tenso », deux poèmes religieux et un salut d’amour.

 Falquet-de-Romans.JPG

ŒUVRE :

    C’est une belle chanson d’amour aux références multiples puisées dans les romances chevaleresques, les légendes héroïques et l’histoire sainte.

Ma bèla Dona, per vos dei èsser gais

Qu’al departir me donetz un coç bais

Tan doçament lo cor dels cors me trais ;

Lo cor avètz dona qu’ieu lo vos lais

Per tal convent qu’ieu no-l volh cobrar mais;

                             Que mièlhs non pres a Raol de Cambrais

Ni a Floris, quand pogèt el palais,

Com fès a mi car soi fins e verais,

Ma bèla dona.

 

Ma belle Dame, par vous je dois être joyeux

Car en nous séparant vous m’avez donné un doux baiser

D’une douceur telle qu’il m’a ôté le cœur du corps ;

Le cœur vous l’avez, Dame, car je vous le laisse

Avec la promesse de ne le recouvrer jamais ;

Car il n’est pas meilleur bonheur, Raoul de Cambrai

Ni Floire, quand il monta au palais,

Que je n’eus, car je suis fidèle et sincère,

Ma belle Dame.

 

Ma bèla don’,a vos me valha Dèus

Que mil aitan soi mièlhs vostre que meus,

Obedient plus que sèrv ni judèus ;

E de vos tenc mon aloc e mes fèus,

E nul trabalh nom me pot èsser grèus,

Sol qu’a vos plas’, ans m’es plasents e lèus ;

E morai tot aissi com fes N’Andrèus

E volgra mais qu’aqués mort romèus,

Ma bèla dona.

 

Ma belle Dame, que Dieu m’aide auprès de vous
car je suis mille fois plus à vous qu’à moi,

Plus obéissant qu’un serf ou qu’un juif ;

De vous je tiens mon alleu et mon fief

Et aucun tourment ne peut m’être grave ;

Pourvu qu’il vous plaise, il m’est agréable et léger ;

Et je mourrai ainsi que fit sire André,

Et j’aurai préféré avoir tué vingt pèlerins,

Ma belle Dame.

 

Ma bèla dona ja vos ami eu tan fort,

Si non vos ai, venguts soi a mal port,

Qu’ieu ai ben vist e conoguts en sort

Qu’en brieu de temps m’auràn li sospir mort

Si ieu ab vos en cambra no-m deport,

A! Doça res, vostre cor s’i acort,

Que ren sens vos non me pot dar conort !

S’enaisssi mor pecat, n’auretz e tort,

Ma bèla dona.

 

Ma belle Dame, je vous aime certes si fort

Que si je ne vous ai pas, c’est que j’ai accosté au mauvais port,

Ce que j’ai bien vu et compris, de sorte

Qu’en peu de temps les soupirs m’auront tué

Si je ne me divertis pas en chambre avec vous.

Ah ! Douce personne, votre cœur y consente,

Car rien sans vous ne peut m’apporter réconfort !

Si je meurs ainsi, vous aurez péché et fait tort,

Ma belle Dame.

 

Ma bèla dona, non me laissatz morir,

Que mil aitan vos am ieu non sai dir

Que nula ren non am tan ni desir

Com ieu fas vos, per qui planh e sospir,

Lo dans èr vostre s’enaissi-m fas languir,

Quand plus vos vei mas vos vei embellir ;

Nafrat m’avètz, non sai tan d’escremir,

Ab doç esgard et ab gents aculhir,

Ma bèla dona.

 

Ma belle Dame, ne me laissez pas mourir
Car je vous aime mille fois plus que je ne sais le dire

Et je n’aime ni ne désire personne

Comme vous, pour qui je me plains et soupire
le tort sera vôtre si vous me faites ainsi languir

Plus je vous vois et plus je vous vois embellir ;

Vous m’avez blessé, et je ne puis me défendre

Avec un doux regard et un accueil avenant,

Ma belle Dame.

 

Ma bèla dona, de vos soi envejos

Sbètz per que, car ètz valents e pros

E gents parlant e d’avinent respons ;

Qu’om non vos ve que non si’amoros,

Que dieus vos dèt cors ab bèlas faiçons

E ja no-os pes s’en soi un pauc gelos ;

Que per amor fui vençuts Salomons,

Ma bèla dona.

Ma belle Dame, je suis plein de désir pour vous

Vous savez pourquoi ; vous êtes noble et de valeur

Et de propos agréables et de reparties avenantes ;

On ne peut vous voir sans qu’on soit amoureux,

Car Dieu vous donna un corps aux belle formes
Et ne vous en déplaise, j’en suis un peu jaloux ;

Si Salomon fut vaincu par l’amour

Je le suis de même pour vous, courtoise personne,

Ma belle dame.

IMGP1643

 

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Lundi 6 mai 2013 1 06 /05 /Mai /2013 16:39
    Fils de Guillaume VIII et d’Hildegarde de Bourgogne, il est marié par intérêt à la fille du comte d’Anjou, Ermengarde qui, trompée et aigrie, le quitte mais ne connaissant pas le bonheur dans son remariage, se retire dans le monastère de Fontevrault
    Très riche et grand amoureux des plaisirs de la vie, le comte est excommunié par l’Eglise à cause de son existence dissolue et de son irrespect des droits ecclésiastiques.
    En 1094, il se remarie avec Philippa, fille de Guillaume IV, comte de Toulouse ; elle connaît le même déconvenue et, avec sa fille Aldéarde, rejoint Ermengarde à Fontevrault. D’autres conquêtes féminines rejoindront Fontevrault après les inconduites de Guillaume qui guerroie et conquiert les terres de es voisins partis en Croisade. Il sait avec compétence, diplomatie et efficacité gérer les affaires comtales, neutraliser ses adversaires et les prétendants et jouer de son droit marital pour, en 109, conquérir Toulouse dont le comte Raymond IV de Saint Gilles est parti en Croisade depuis 1095.
    En mars 1101, il rejoint la Croisade avec ses frères, Eustache et Beaudoin ; il combat sans succès pendant plus d’une année. De retour à Poitiers, il abandonne son épouse toulousaine pour s’unir à l’épouse de son vassal, le vicomte de Châtelleraut. Il sera excommunié pour s’être remarié sans que la nullité ait été prononcée par la Tribunal Ecclésiastique de Rome.Guillaume réunit 30 000 hommes et s’allie au roi de Castille et Léon, Alphonse, il participe à la « Reconquista » de 1120 à 1123 dans le royaume de Valencia où, à ses côtés, guerroie le célèbre Rodrigo Diaz dit le Cid Campeador (surnom arabe de « seid » ou seigneur et « campeador » ou chef de bande en espagnol). Il connaît l’importante victoire de Cutanda. A son retour, dans les dernières années de sa vie, il fait embellir et agrandir le palais des comtes de Poitiers et participe financièrement à la création de monastères et d’un couvent où résideraient les plus belles femmes de la région poitevine.
Inextricablement lié à la vie politique, Guillaume IX de Poitiers est humaniste, soucieux d’arts et de lettres ; sa cour accueille de nombreux artistes tel le barde gallois Blédri ap Davidor qui lui apporte la légende des amours tragiques ; il écrit en occitan toutes ses œuvres et s’inspire des textes de Saint Fortunat (VIe) conservés dans l’abbaye Sainte Croix de Poitiers.
Ses œuvres, considérées comme modèles (fond et forme) par les troubadours, allient la gaudriole audacieuse dans la bisexualité à la finesse délicate de la courtoisie chevaleresque. Il évoque avec humour ses revers guerriers et amoureux sans oublier le désir irréfragable devant la femme d’autant plus désirée qu’elle est inaccessible, affolante jusqu’au sublime de l’intouchabilité, de l’inaccompli qui multiplie l’exaltation du désir de possession.
    Il nous reste onze pièces et des « chansons avec, pour certaines, leurs mélodies particulières.Guillaume de Poitiers
EXTRAITS
 
    Les éléments invoqués appartiennent à la grande tradition de l’amour courtois : la naissance et la douceur du printemps, le renouveau de la nature, le chant des oiseaux, l’onde claire des sources et des ruisseaux. Ainsi apparaît l’amour dans la lumière du partage entre la noirceur de la nuit et la rudesse du gel (images de la distance et de l’éloignement de l’être aimé) et la joie victorieuse de la lumière du soleil ( symbole de la réunion des cœurs et des âmes des amants).
 
Ab la doçor del temps novèl         Dans la douceur du temps nouveau
 
Folhon li bosc e li aucèl                 Feuillent les bois, et les oiseaux
 
Chantant chascuns en lor latin    Chantent chacun en son latin
 
Segon lo vèrs del novèl chant :     Suivant la chanson du nouveau chant :
 
Adonc està ben qu’om s’aisi         Il est donc bien que l’on jouisse
 
D’aiço dont om a plus talant.       De ce dont on a le plus envie.
 
 
De lai dont m’es olus bon e bèl,    De là-bas où tout m’est bon et beau,
 
Non vei messagièr ni sagèl,          Je ne vois venir ni messager ni lettre scellée
 
Per que mon cor non dorm ni ri ;    Aussi mon cœur ne dort ni ne rit ;
 
Ni non m’aus traire adenant,           Et je n’ose aller plus avant,
 
Tro que sacha ben de la fin             Jusqu’à ce que je sache si notre accord
 
S’el’es aissi com ieu demand.          Est tel que je le souhaite.
 
 
La nostr’amor vai enaissi                  Il en va de notre amour
 
Com la branca de l’aubespin            Comme de la branche de l’aubépine
 
Qu’està sobre l’arbr’en tremant,      Qui est sur l’arbre, tremblante,
 
La nuech, a la pluèj’ez al gèl,            La nuit, à la pluie et au gel ;
 
Tro l’endeman, que sols s’espand     Mais le lendemain le soleil se répand
 
Per las fuèlhas verdse-l ramèl.         A travers les feuilles vertes sur le rameau.
 
 
Enquèr me membre d’un matin        Il me souvient encore d’un matin            
 
Que nos fesem de guèrra fin,             Où nous avions mis fin à la guerre,
 
E que-m donèt un don tan grand,      Elle me fit un don si grand
 
Sa drudari’e son anèl :                        Son amour et son anneau :
 
Enquèr me lais Dieu vieure tant        Que Dieu me laisse encore vivre assez
 
Qu’aja mas mans son mantèl !     Pour que j’aie mes mains sous son manteau !
 
 
Qu’ieu non ai sonh d’estranh latin     Car je n’ai cure de l’étrange langage      
 
Qu’em parta de mon Bon Vesin,   Qui pourrait me séparer de mon Bon Voisin,
 
Qu’ieu sai de paraulas com van        Je sais comment vont les paroles
 
Ab un brèu sermon que s’espèl,       Et ces brefs discours que l’on répand :
 
Que tal se van d’amor gabant,          Tel pourrait se vanter de son amour,
 
Nos n’aven la pèç e-l cotèl.   Mais nous, nous en avons la pièce et le couteau.IMGP1643
 
 
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